vendredi 24 novembre 2006

La gauche et les médias

La presse a été plus d’une fois l’objet d’un débat passionné lors des débats socialistes. Le premier a porter l’estocade est Laurent Fabius lors du dernier débat télévisé. Questionné sur la question militaire, ce dernier s’est estomaqué de la double casquette des grands industriels français. « Je ne trouve pas normal que les grands groupes de presse soient actuellement dirigés par les grandes entreprises de l’armement » lance-t-il. Comme une mission personnelle, l’ancien ministre de l’économie s’est engagé « si je suis élu président » à confronter ces entrepreneurs à un choix crucial. « Ils devront faire le choix de la presse ou le choix de l’armement. » Un point qui a le mérite d’être clair. Un point dangereux cependant. Le but ultime d’une tel mesure s’inscrit tout à fait dans la lutte de toujours contre le Grand Capital, mais elle pourrait être synonyme de graves difficultés économiques pour les groupes de presse. Quoi qu’en pense monsieur Fabius, les investisseurs ne courent pas les rues pour venir au secours d’une presse en déclin. Est-il dès alors adéquat de supprimer une part non négligeable de leurs ressources financières ? Prenons un exemple concret : que serait devenu Le Figaro sans l’entrée au capital du groupe Dassault ? Il aurait très certainement suivi le chemin tracé par Libération. Remettre en question de tels aides n’apparaît donc vraiment pas opportun. Pas étonnant d’ailleurs que ce projet très radical soit porté par le défenseur d’une gauche dure.


L’autre affaire qui aurait pu provoquer un tollé dans la sphère médiatique a été lancée dans le contexte de la crise actuelle du journal Libération. Une crise que l’on ne présente plus, mais qui s’inscrit aussi dans une lutte contre le Grand Capital. Edouard de Rothschild est en effet beaucoup plus perçu comme un parasite que comme un bienfaiteur. Comprenez, supprimer une centaine d’emploi est catastrophique. Mais que serait un dépôt de bilan pur et comparé à cette ultime tentative de sauvetage ? Edwy Plenel défendait de son côté un plan sans saignée salariale. Mais devant la crise actuelle du quotidien, cette solution ne pouvait être qu’écartée. Dans une interview au journal Le Monde, Arnaud Montebourg porte-parole de Ségolène Royal s’étonnait « qu’un projet qui cherche à sauver le journal en affichant une ligne éditoriale de gauche, ouvertement anti-Sarkozy, ne trouve pas d’argent. » D’une part, ce dernier semble oublier les investissements d’Edouard de Rothschild, précédents et futurs (à condition du moins que la SCPL cesse de s’offusquer de son plan de relance). D’autre part, un tel propos réclame indirectement une aide spéciale de l’Etat. Or, le gouvernement a déjà prévu une hausse de 22% des aides à la presse dans le budget 2007, soit quelques 274 millions d’Euros. « Aucun gouvernement n’avait jamais fait cela avant nous » précise-t-on à Matignon. Une nouvelle preuve s’il en est de la mauvaise foi chronique de la gauche française.

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